Éducation : « Il faut donner plus de moyens à l’accompagnement des Dys ! »


Si depuis une vingtaine d’années, on a entériné le handicap que représentent les troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA), ces « troubles Dys » continuent d’être ignorés et mal accompagnés. Ayant la particularité d’être invisibles, ces disfonctionnements cognitifs spécifiques neurodéveloppementaux toucheraient bien plus de personnes que l’estimation de 6% de la population. Alors que se tient ce 3 juin à Paris, le Séminaire national sur les troubles des apprentissages/DYS, Gwenaëlle Lebossé, accompagnante d’Élèves en Situation de Handicap (AESH) et fondatrice de l’association O’Extras Ressources, souligne dans une tribune combien l’accompagnement des Dys nécessite plus de moyens.

Tribune. 80% des handicaps sont invisibles et les troubles Dys en sont une malheureuse illustration. À partir du moment où le préjudice manque d’évidence, il est forcément incompris et par conséquent peu pris en compte. Ainsi se pose le problème du diagnostic, largement insuffisant aujourd’hui de la part des enseignants qui n’ont pas été formés en ce sens. Si quelques parents pourront remarquer une certaine perturbation chez leur enfant dans l’appréhension de la lecture, il leur restera difficile d’en identifier la cause sans le diagnostic expert d’un professionnel de santé.
Il faut toutefois rappeler que les troubles Dys ne sont pas une maladie dont on peut guérir, mais le résultat d’un trouble neurologique avec lequel il faut apprendre à vivre. Et surtout, chez les plus jeunes, avec lequel il faut apprendre à apprendre ! Contrairement à certains a priori, les Dys (dyslexiques, dysorthographiques, dyspraxiques) ne présentent aucune déficience intellectuelle mais une incapacité à assimiler des règles, qu’elles soient orthographiques, grammaticales, de conjugaison et même de calcul (il faut le souligner). S’ils arrivent à développer des moyens de compensation, chacun usant de sa propre méthode, ce sont des élèves concrètement handicapés dans leur apprentissage scolaire, durablement affectés dans la lecture et la compréhension de l’écrit.


Il faut arrêter de demander aux « Dys » de rentrer dans des cases qu’ils ne peuvent pas remplir et leur apporter plutôt les solutions qui existent ! Étant AESH depuis de nombreuses années et moi-même dyslexique, dysorthographique, hyperactive, HPI et maman de deux grands ados « multi-Dys », j’ai pu constater et vivre le parcours du combattant, émotionnel et financier, que doivent traverser les « Dys » et leur famille. Si le problème du diagnostic évoqué plus haut reste très important, les difficultés à bénéficier d’un accompagnement adéquat sont innombrables ; ne serait-ce que pour profiter de séances avec un orthophoniste, il faut en moyenne deux ans d’attente. Sachant que l’attestation d’un orthophoniste est indispensable pour solliciter un aménagement scolaire auprès d’une académie, un élève peut par exemple, être longtemps privé du tiers-temps qui lui autoriserait plus de temps aux examens.
Recevoir le matériel très utile pour pallier l’incapacité à suivre un cursus scolaire « normalement » reste encore compliqué auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), qui doit faire face à tellement de demandes qu’elle ne peut pas toujours y pourvoir. Pour les familles les moins aisées, sans le concours de la MDPH, il est difficile voire impossible, d’accéder aux solutions qui existent aujourd’hui pour soutenir l’apprentissage de leur enfant. Qu’il s’agisse d’acheter un ordinateur (un outil qui permet de s’affranchir du calvaire de l’écriture pour les Dys), un logiciel ALFa READER ou Claroread spécifique pour la lecture numérique, un stylo lecteur OrCam Read ou Reader C-Pen, etc., il s’agit souvent d’appareils très onéreux et donc hors budget. Et pourtant si utiles !


Quand avec ma sœur Nolwenn, elle-même malentendante, dyslexique et dysorthographique, nous avons décidé de créer notre association O’Extras Ressources avec un centre dédié aux enfants porteurs de troubles, nous avons sollicité des soutiens financiers et autres partenariats pour acquérir le matériel nécessaire à notre mission. Il nous fallait pouvoir accompagner enfants, parents et professionnels sur le champ des possibles face au handicap Dys. Certains orthophonistes ne connaissent pas encore les différents dispositifs existants quand les parents eux, ont souvent besoin d’identifier des méthodes de soutien pour prendre à la maison, le relai de l’école. Avec l’association, nous avons pu bénéficier de dispositifs ultra innovants, permettant entre autres de lire tout un texte d’un simple clic sans avoir à surligner phrase par phrase, d’en régler la vitesse de lecture, de l’appliquer sur n’importe quelle typographie et ce dans plusieurs langues !
On peut évidemment être réticent à confier à un enfant un stylo lecteur acheté 2000€ ; mais si nous, AESH et autres enseignants et éducateurs spécialisés, pouvions être équipés d’outils qui autoriseraient plus d’autonomie aux élèves Dys, qui leur permettraient d’accéder à l’enseignement qui leur est prodigué avec plus d’efficacité, ce serait un bon début. La technologie s’applique de plus en plus à venir en aide aux troubles des apprentissages mais il s’agit désormais de mobiliser des budgets pour en pourvoir, si ce n’est les élèves, au moins les établissements scolaires.